L'appel d'offres du CSPQ sur le logiciel libre : sortir des sentiers battus (2 de 2)

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Pont de corde inca

Soyons positif. Dans mon billet précédent j'exposais les raisons pour lesquelles l'appel d'offres du CSPQ sur la qualification de SSLL (sociétés de services en logiciels libres) était une opération inutile et coûteuse. Voici ce qu'aurait pu faire le même CSPQ s'il avait voulu faire preuve d'audace et innover dans sa gestion du logiciel libre :

  • Mettre sur pied une structure d'encadrement de gestion de projet et de recherche de solutions existantes dans les logiciels libres. Cette structure d'encadrement, formée principalement d'experts gouvernementaux (et non de consultants de SSLL) ayant une connaissance approfondie du LL, viendrait en appui aux Ministères et organismes et aurait pour mission d'aider à la préparation d'un appel d'offre, de sélectionner le ou les soumissionnaires et voir à ce que le développement soit intégré soit au sein d'une communauté de développeurs existante ou d'en créer une nouvelle si ce n'est le cas, par exemple une forge gouvernementale dédiée aux logiciels gouvernementaux développés au Québec.
  • Scinder les appels d'offres en composantes plus petites de façon à favoriser l'acception de plusieurs fournisseurs travaillant sur le même appel d'offres.

Mais, me direz-vous, cette proposition n'est-elle pas un peu utopique  ?

Allez jeter un coup d'oeil du côté de l'Angleterre en lisant cet article : Government procurement plans put incumbents at risk1. Le nouveau gouvernement de coalition issu des dernières élections (mai 2010) s'apprête à revoir le processus d'appel d'offres afin de contrer la mainmise des grandes entreprises informatiques du pays sur les contrats gouvernementaux de grande envergure. Le nouveau Secrétaire d'État à la culture, aux Olympiques, aux Médias et aux Sports du gouvernement britannique, Jeremy Hunt déclare, notamment ceci : « Nous mettrons en place un environnement dans lequel les logiciels libres competitionneront à chance égale en introduisant des standards ouverts dans les systèmes informatiques du gouvernement. Ces démarches ouvriront les appels d'offres aux solutions libres, et permettront de diviser les larges projets informatiques en plusieurs composantes modulaires. De ce fait, les compagnies de plus petites tailles pourront gagner des contrats du gouvernement et l'augmentation de la concurrence entrainera une diminution des coûts pour les projets en informatique.» (notre traduction)

Grâce à l'utilisation de standards ouverts, le développement d'applications en logiciel libre se fait en utilisant des « briques » logicielles. La diversité des applications, et donc des SSLL qui supportent ces « briques » logicielles, forme l'extraordinaire richesse de l'écosystème du logiciel libre.

Cette richesse doit être préservée. En publiant son appel d'offres une semaine après la victoire en cour de Savoir-Faire Linux contre la Régie de Rentes du Québec, le gouvernement veut certainement donner l'impression qu'il est prêt à bouger, mais sa précipitation montre plutôt qu'il navigue à vue, sans véritable politique gouvernementale envers le logiciel libre.

 

Serge Martel

 

Note 1: «Le nouveau processus d'achat du gouvernement introduit un élément d'incertidue pour les fournisseurs déjà en place» (notre traduction)